Beau bruit

L'acouphène de Rousseau

Publié le 22 Décembre 2011 par beau bruit dans Réflexions

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“Un matin que je n’étais pas plus mal qu’à l’ordinaire, en dressant une petite table sur son pied, je sentis dans tout mon corps une révolution subite et presque inconcevable. Je ne saurais mieux la comparer qu’à une espèce de tempête qui s’éleva dans mon sang et gagna dans l’instant tous mes membres. Mes artères se mirent à battre d’une si grande force, que non seulement je sentais leur battement, mais que je l’entendais même, et surtout celui des carotides. Un grand bruit d’oreilles se joignit à cela, et ce bruit était triple ou plutôt quadruple, savoir : un bourdonnement grave et sourd, un murmure plus clair comme d’une eau courante, un sifflement très aigu, et le battement que je viens de dire, et dont je pouvais aisément compter les coups sans me tâter le pouls ni toucher mon corps de mes mains. Ce bruit interne était si grand, qu’il m’ôta la finesse d’ouïe que j’avais auparavant, et me rendit non tout à fait sourd, mais dur d’oreille, comme je le suis depuis ce temps-là.


On peut juger de ma surprise et de mon effroi. Je me crus mort ; je me mis au lit : le médecin fut appelé ; je lui contai mon cas en frémissant, et le jugeant sans remède. Je crois qu’il en pensa de même ; mais il fit son métier. Il m’enfila de longs raisonnements où je ne compris rien du tout ; puis, en conséquence de sa sublime théorie, il commença in anima vili la cure expérimentale qu’il lui plut de tenter. Elle était si pénible, si dégoûtante et opérait si peu, que je m’en lassai bientôt ; et au bout de quelques semaines, voyant que je n’étais ni mieux ni pis, je quittai le lit et repris ma vie ordinaire avec mon battement d’artères et mes bourdonnements, qui depuis ce temps-là, c’est-à-dire depuis trente ans, ne m’ont pas quitté une minute.


J’avais été jusqu’alors grand dormeur. La totale privation du sommeil qui se joignit à tous ces symptômes, et qui les a constamment accompagnés jusqu’ici, acheva de me persuader qu’il me restait peu de temps à vivre. Cette persuasion me tranquillisa pour un temps sur le soin de guérir. Ne pouvant prolonger ma vie, je résolus de tirer du peu qu’il m’en restait tout le parti qu’il m’était possible ; et cela se pouvait par une singulière faveur de la nature, qui, dans un état si funeste, m’exemptait des douleurs qu’il semblait devoir m’attirer. J’étais importuné de ce bruit, mais je n’en souffrais pas : il n’était accompagné d’aucune autre incommodité habituelle que de l’insomnie durant les nuits, et en tout temps d’une courte haleine qui n’allait pas jusqu’à l’asthme, et ne se faisait sentir que quand je voulais courir ou agir un peu fortement.


Cet accident, qui devait tuer mon corps, ne tua que mes passions ; et j’en bénis le ciel chaque jour, par l’heureux effet qu’il produisit sur mon âme. Je puis bien dire que je ne commençai de vivre que quand je me regardai comme un homme mort.”


Jean-Jacques Rousseau Les Confessions (1765). Tête de Rousseau par Hélène Guastalla (1960).

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La Semaine du Son 2012, premier aperçu

Publié le 5 Décembre 2011 par beau bruit dans Annonces

Le programme de la Semaine du Son dans les Pyrénées-Orientales est en ligne !

Quelques modifications ou prévisions sont à prévoir, mais d'ores et déjà on peut se faire une idée de cette manifestation qui aura lieu pour la première fois dans ce département et cela du 23 au 28 janvier 2012.

 

• 2 partenaires de choix : l'association Syntax qui œuvre autour des musiques acousmatiques et l'association Novella autour du documentaire sonore.

• 4 lieux bien repérés : l'Auditorium du Conservatoire, la Médiathèque et l'Institut Jean Vigo à Perpignan, la Médiathèque à Prades.

• 4 événements tous publics et gratuits, autour du son musical, du son documentaire et du son nature.  

 

Osez être à l'écoute !

 

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Exposition Christian Noiseau à Requeil

Publié le 8 Novembre 2011 par beau bruit dans Divers

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“Christian Noiseau est né à Requeil le 22 mars 1946. Famille d'agriculteurs, parents épiciers. Il y passe son enfance. Il est mort au Grand-Lucé le 17 avril 2007.

 

Il a fait des études à l'école des Beaux-Arts du Mans (1962-1965), puis à l'école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris (1966-1968).

 

Très jeune, il séjourne en Italie, en Grande-Bretagne, en Grèce, aux Pays-Bas où il se lie d'amitié avec des artistes, tel Pieter Holstein.

 

A Paris en mai 1968, il prend part à la rédaction des affiches collectives aujourd'hui célèbres.

 

En 1970, il s'installe dans les Corbières, à Embres-et-Castelmaure, Aude, où il crée son atelier. Il restaure et sauve des affiches anciennes, parmi lesquelles des centaines d'affiches de cinéma.

 

En  1990, puis en 2001, il séjourne  à New-York. En 2004, à Hué, Vietnam, il exécute une sculpture en métal poli intitulée 3 + 2  + 1 = 6 pour les enfants du Vietnam. L'année suivante, il travaille à Pékin et il y expose ses œuvres.

 

Christian, qui se surnommait lui-même par dérision peintre du dimanche ou peintre paysan, est un personnage complexe: attachant, bougon, joyeux. Il laisse une œuvre foisonnante. Des expositions lui ont été consacrées; celle de Requeil lui rend aujourd'hui  hommage. Juste retour des choses: malgré son éloignement, il aime revenir à Requeil. À Pékin, en 2005, il se souvient de son village natal, image du bonheur.”  

 

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Exposition à la mairie de Requeil (Sarthe).

Tous les jours du 11 au 20 novembre 2011, de 14h à 17h30, entrée gratuite.

Vernissage le 11 novembre à 17h30.

À partir du 12 novembre, consultation sur place de deux documentaires radiophoniques autour de l'œuvre de Christian Noiseau : Portrait de mon oncle (2001-2002) et L'Œuvre en sursis (2010).

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L'union par le son, ce soir à Karlsruhe

Publié le 22 Octobre 2011 par beau bruit dans Divers

Depuis le billet précédent, quatre peut-être cinq live sessions ont eu lieu sur des durées différentes. Entre un maximum à 50 minutes et un minimum à 15, l'improvisation devant le public de ce soir tournera autour de 25 minutes. Sur cette durée, et dans le même ordre d'apparition que la pièce pré-produite(*), chacun.e d'entre nous jouera en solo pendant deux minutes trente environ, mais jamais seul. Les autres s'y immisceront, répondront au soliste, joueront avec lui/elle.

 

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© ZKM. Photographe : Tobias Schäuble

 

Les répétitions ont été prometteuses. Les sons extraits des pièces originales fusionnent, se répondent, résonnent d'une nouvelle façon grâce à de nouveaux sons (parfois enregistrés ici-même dans les rues de Karlsruhe). Des cloches de différents coins d'Europe se donnent la réplique ; bruits industriels et sons naturels dialoguent ; des langues se mélangent.

Chacun.e de nous a appris à connaître l'autre et à lui donner de l'espace, que ce soit en termes d'espace dans la salle justement (depuis notre place sur le cercle, nous diffusons selon des transversales), ou en termes de durée et de fréquences (ne pas se masquer les uns les autres). Ce fut une belle rencontre culturelle et artistique très harmonieuse, dont le point d'orgue sera ce soir à 20h au ZKM avant des prolongements radiophoniques sur Deutschlandradio Kultur.

 

(*) Lieux que nous avons “visités” : Den Haag (Pablo Sanz Almoguera), Köln (Tamer Fahri), Albufeira (Katrinem), Firenze (Francesco Giomi), Noepoli (La Cosa Preziosa), Seydisfjördur (Konrad Korabiewski), Barcelona (Stefan Malešević), Praha (Ladislav Železný), Rivesaltes (Etienne Noiseau), Killybegs (Softday).

 

LET'S PLAY!

Étienne Noiseau.

 

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© ZKM. Photographe : Tobias Schäuble

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Qu'est-ce qu'un panorama sonore ?

Publié le 20 Octobre 2011 par beau bruit dans Divers

La suite de la première journée du workshop A sound panorama of Europe fut bien sûr celle des grandes discussions. Nous sommes 10, chacun.e avec une composition de 5 minutes représentant un lieu d'Europe et, avec ce matériau, nous devons former une pièce de 50 minutes (le fameux panorama). L'artiste Thomas Köner, initiateur de ce projet, anime la réflexion.

 

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© ZKM. Photographe : Tobias Schäuble

 

Le calcul est simple : 5 x 10 = 50, mais tant de possibilités ont été passées en revue. La facilité aurait été de coller toutes les pièces les unes à la suite des autres et c'est pourtant ce que nous avons décidé ! Toute la deuxième journée du workshop a donc été occupée à cela : chacun.e son tour passant à la console pour programmer la spatialisation de sa pièce sur le Klangdom, le système de diffusion multiphonique du Cube. Quant au choix de l'ordre d'apparition des pièces ainsi que de la présence ou non de silence entre elles, il a été remis à plus tard.

 

Cette décision a été celle du respect des œuvres originales, peut-être la solution la plus proche de l'idée d'un panorama, mais un panorama dans la durée, pas dans l'espace. Car un panorama, cela devrait être aussi la possibilité de percevoir un lieu puis un autre, et d'y revenir, dans la continuité d'un espace commun. Avec la première solution, les lieux/pièces ne dialoguent pas, ils se succèdent. C'est pourquoi il a été décidé de créer une autre pièce, en plus du collage de 50 minutes. Un tutti a été tenté. Puissant, impressionnant, quelque part prometteur. Nous essaierons donc quelque chose entre les deux extrêmes : une pièce basée sur quelques matériaux issus des œuvres originales, et davantage construite à partir d'improvisation. L'artiste et producteur radiophonique Götz Naleppa, également à l'origine du projet et fraîchement débarqué hier soir, a vigoureusement insisté sur la nécessité de casser les barrières et de jouer collectif.

 

Wait and... hear. (In Meyersound.)

 

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© ZKM. Photographe : Tobias Schäuble

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